Enée
Pour l'Italie, le départ est maintenant arrêté !
Elissa ! Ah ! Cette torture que je vais lui infliger !
Elle sait que les dieux expriment leur volonté
Mais contre tout espoir, elle croit que je vais rester !
Las ! Et comment pourrais-je le lui reprocher ?
Ne lui ai-je pas promis de toujours la protéger ?
Et voilà que, au premier appel, je vais m'embarquer
Pour partir à la conquête d'un pays éloigné !
Est-ce donc ainsi, Enée, que tu montres ta gratitude ?
Est-ce l'habitude troyenne de remercier ainsi la sollicitude ?
Barbare ingrat ! Oh ! Que je méprise ma faiblesse !
Partir après avoir reçu le gage de sa tendresse !
Partir quand mon coeur déchiré me crie : Reste !
Quand dans ses yeux brille un éclat funeste !
Ah ! Elissa ! Reine adorée, pardonnez au malheureux Enée !
J'ai cédé en entendant l'âme de Troie gémir, invengée !
Ô Elissa ! Comment t'annoncer la terrible nouvelle ?
Comment oserais-je te déchirer par cette annonce cruelle ?
Enée, qu'as-tu donc fait de ton coeur, vil bourreau ?
Lâche ! Accueilli sur cette rive paisible, tu as semé le chaos
Et tu t'enfuis sans même affronter le désespoir que tu as créé !
Né de l'amour et de l'honneur, fus-je allaité par la vanité ?
Pourquoi Troie ne renaîtrait-elle pas de ses cendres ici,
Plutôt que dans la lointaine Italie, pays encore non conquis ?
Mais hélas ! Les dieux inflexibles de l'Olympe commandent
Et ils insistent pour que les Troyens les entendent !
Ah ! Elissa ! Reine adorée, pardonnez au malheureux Enée
Qui, bien malgré lui, doit répondre à l'appel de sa destinée !
Mais avant de partir, baisant tes belles mains tremblantes,
Je viendrai à tes pieds verser mes larmes brûlantes !
Oh ! Crois en mon dernier serment : une fois l'Italie pacifiée,
Je reviendrai te chercher, ô Elissa, reine du coeur d'Enée !
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